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Category: Chroniques ciné

Un monde plus grand | Entretien avec Fabienne Berthaud

À l’occasion de la sortie de son dernier long-métrage, Un monde plus grand avec Cécile de France et Ludivine Sagnier, nous avons rencontré la réalisatrice Fabienne Berthaud.

Inspiré du roman autobiographique de Corine Sombrun, « Mon initiation chez les chamanes », ce récit retrace le parcours d’une compositrice parisienne qui, à la suite d’un drame, décide de partir en Mongolie pour enregistrer des chants traditionnels. Au cours d’une séance rituelle, elle entre soudain en transe au son du tambour. La chamane lui révèle qu’elle possède un don et doit suivre une initiation.

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La Fameuse invasion des ours en Sicile | Lorenzo Mattotti

Qui sommes-nous ? Qui voulons-nous être et devenir ? Comment considérons-nous l’autre ? Que faire du pouvoir une fois qu’on l’a acquis ?

La Fameuse invasion des ours en Sicile est un avant tout un conte initiatique. D’une beauté graphique éblouissante, ce film d’animation nous démontre une fois encore la qualité recherchée par Prima Linea Productions (dont est issue LE STUDIO d’animation 3.0 studio basée à Angoulême) et à qui l’on doit déjà quelques perles comme Peur(s) du noir, Zarafa, U, Loulou-l’incroyable secret ou encore La tortue rouge nominé pour l’Oscar et le César du meilleur film d’animation en 2017.

L’histoire se déroule au cœur de la Sicile. Chaque plan est empreint des parfums et des couleurs de l’Italie, de son passé. On la respire, son cœur palpite, elle nous invite au voyage, à la découverte de son histoire.

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Ad Astra | James Gray

Ad Astra, vers l’infini et au plus profond de l’âme humaine

Ces dernières années, l’espace semble être devenu au cinéma le dernier refuge offert à l’homme afin de trouver les réponses à ses questions existentielles (et soigner ses blessures) – Ryan Gosling dans First Ma­­n, Sandra Bullock dans Gravity, Sean Penn dans la série The First, Matthew McConaughey dans Interstellar, Robert Pattinson dans High Life… -.

Métaphysique et psychanalytique, Ad Astra est avant tout une quête initiatique, un road-movie oedipien. Œuvre hypnotique et contemplative, elle s’offre à nous comme un voyage intérieur autant qu’une odyssée galactique.

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Les enfants du paradis | Marcel Carné (1945)

Les enfants du paradis
de Marcel Carné
1945

« Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour… »

Dans ce film qui trace les destins croisés de trois personnages dans le milieu du théâtre parisien du 19e siècle, il est bien sûr question d’amour, un amour fou et impossible, un amour qui ne peut ni se consommer ni se consumer. C’est une tragédie cruelle, une danse désynchronisée, une suite de mauvaises circonstances et d’occasions ratées.

Baptiste est un rêveur, un idéaliste. « Une nuit que la lune était pleine, il est tombé… », assénera son père en le présentant aux badauds, tel un animal de foire, un être incompréhensible, inaccessible, idiot même.
Mais peut-être que si Baptiste s’exprime peu avec les mots, il écoute, observe, décortique, décrypte et mémorise chaque attitude. Son monde est intérieur. Il trouvera un autre moyen de s’exprimer. Avec son corps, ses mains, son regard. Il apprendra à émouvoir, faire rire ou faire peur sans jamais prononcer un seul mot.

 

« Tu crois que c’est possible ? » lui demandera Frédérick, jeune comédien à la gouaille volubile et au charme séducteur auquel aucune femme ne semble résister. Raconter des histoires sans parler ? Impensable pour ce drôle de phénomène qui a bien compris que les mots étaient un atout puissant.
A l’inverse de Baptiste, Frédérick multiplie les conquêtes féminines, il bondit, sautille et déclame avec passion. Son énergie féline, son audace, son culot lui apportent tous les succès. Inconséquent, gourmand, fervent épicurien, il goûte à tout et papillonne sans attaches. Son rêve : devenir le plus grand comédien du siècle.

Et puis il y a Garance.
« — Garance, c’est le nom d’une fleur…
— une fleur rouge comme vos lèvres…  »
Garance (Arletty) est éprise de liberté. Elle ne veut appartenir qu’à elle-même. Fille de blanchisseuse, modèle pour des peintres, son indépendance et son esprit moderne scandalisent. Par elle, Prévert a donné chair et vie au personnage de l’un de ses poèmes, Je suis comme je suis. La femme libre, forte, pensante, moqueuse, sensuelle … ce thème, depuis toujours très cher au poète, sert de toile de fond à presque toute son œuvre. Ici, il lui donne toute sa dimension.

 

Baptiste est un idéaliste, il veut que Garance l’aime autant qu’il l’aime. Mais est-elle faite pour cela ? Garance vit au jour le jour, comme une fleur qui s’ouvre à chaque nouvelle aube. Frédérick, attirée par la lumière, tourne aussi autour de la belle jeune femme.
« C’est si simple d’aimer… » chuchotera un soir Garance.
C’est l’histoire d’un amour qui aurait pu être simple mais que tout va compliquer.
Marcel Carné nous livre ici les deux principes de base de la tragédie : L’amour impossible et l’amour non partagé. Nathalie (émouvante Maria Casarès), effacée, amoureuse obstinée, aveuglée par son amour pour Baptiste, pourtant sans retour, ne cessera à aucun moment avec une volonté inébranlable de croire à la force de ces sentiments qu’elle veut et pense indestructibles.
Chacun d’entre eux connaîtra la blessure de l’amour et les affres de la jalousie qui s’insinue et distille patiemment son venin pour empoisonner les cœurs et les esprits jusqu’au drame.

Autour de ces personnages inoubliables, un décor, un paysage chargé d’histoires : Paris, avec ses ruelles et ses mystères. Le chef opérateur du film, par un travail admirable d’effets d’ombres et de lumières sublimés par les contrastes du noir et du blanc, contribue à la rendre toujours plus mystérieuse, imprévisible et romantique.
L’histoire commence, et ce n’est pas anodin, sur le Boulevard du Crime, qui était le surnom donné au 19e siècle au Boulevard du Temple à Paris. Celui-ci accueillait les attractions des forains et de nombreux théâtres aux spectacles mélodramatiques, remplis de brigands et d’assassins.
Car dans ce film, Marcel Carné nous raconte aussi la passion de la scène et du monde du théâtre.
« Écoute-les au paradis ! … » Ainsi était nommé le dernier étage des théâtres, celui qui accueillait la population la plus pauvre, les Enfants du Paradis.
Le personnage de Baptiste, joué par l’extraordinaire Jean-Louis Barrault au corps souple et dont le regard profond cache une infinie tristesse, se révèle être Jean-Baptiste Gaspard Deburau. Cet illustre pantomime du début des années 1820 avait su révolutionner et revaloriser cet art en y apportant une grande modernité.
Frédérick Lemaître, interprété par un Pierre Brasseur virevoltant, quant à lui n’est autre que l’évocation du célèbre acteur adulé de drames romantiques, ayant lui aussi exercé sur le Boulevard du Crime de l’époque.

Face à ce trio éblouissant, un autre personnage sorti de l’Histoire aura aussi son rôle à jouer dans les rouages de cette intrigue, Pierre-François Lacenaire, criminel notoire, dandy élégant et cynique, atypique et fascinant, incarné magnifiquement par le comédien Marcel Herrand.
« Mes précepteurs me disaient :
— Vous êtes trop fier Pierre-François, il faut rentrer en vous-même.
Alors je suis rentré en moi-même. Je n’ai jamais pu en sortir. Les imbéciles, me laisser avec moi-même, eux qui me défendaient les mauvaises fréquentations… »
Ce personnage associable, solitaire, haineux du monde, gravite pourtant lui aussi près de Garance, axe central et phare autour duquel le récit va s’articuler jusqu’à son dénouement final.

 

Filmé sous l’Occupation, dans des conditions très difficiles, le film sortira en 1945, à la libération, en deux parties car jugé à l’époque trop long pour une seule projection. Marcel Carné vient de finir le tournage des Visiteurs du Soir, qui lui vaudra un très grand succès.
Il confie à nouveau, pour notre plus grande joie, au poète surréaliste Jacques Prévert d’en écrire les dialogues au réalisme poétique envoûtant, sensible et parfois cruel. Joseph Kosma (La Grande Illusion, La Bergère et le Ramoneur) composera la musique du film et des ballets de pantomime avec Maurice Thiriet (Fanfan la Tulipe).
De cette épopée au rythme crescendo, qui marquera à jamais l’histoire du cinéma français, chacun en sortira indemne ou pas, certainement pensif, rêveur, nostalgique, charmé et envoûté à vie.